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Tribune libre - Le concours en médecine, un mal nécessaire (Quentin Lamelyn)
04/07/2016 - 03:25

Tout d’abord, il faut comprendre que la problématique des INAMI ne date pas d’hier, un numérus clausus qui permet de définir le nombre d’étudiants en médecine pouvant recevoir un numéro INAMI chaque année a été instauré sous des pressions politiques communautaires à la fin des années 90 afin d’éviter une hypothétique pléthore de médecins et donc une explosion des coûts en soins de santé. Depuis, la Belgique a connu une augmentation du nombre d’inscrits en faculté de médecine ce qui a entrainé la succession de différents décrets tentants plus ou moins d’élaguer en début de cursus jusqu’à la fatidique année 2008 où la communauté française s’est résolue à se délester de toute forme de sélection ouvrant dès lors les vannes aux plus méritants qui sauraient s’affranchir de 7 années de travail acharné.

Dès lors, nous nous sommes retrouvés chaque année avec plus d’étudiants qu’il n’y avait de numéros et comme il est impensable de refuser l’exercice de la médecine à un étudiant ayant réussi avec fruit l’entièreté du plus long et d’un des plus éprouvant cursus universitaire, les facultés ont pu distribuer les numéros de futures promotions non encore diplômées (lissage).

Cette année, les derniers numéros en stock qui sont également ceux destinés à ma promotion viennent d’être distribués aux 7e année sortants, ce qui signifie que pour les prochains 7e, 6e et 5e année (environ 2000 étudiants), le coffre est vide et que sans solution, aucun d’entre nous ne pourrait au terme de ses études exercer la médecine curative puisqu’un numéro INAMI est indispensable aux prescriptions et au remboursement des soins par les patients, c’est d’ailleurs pour cette raison que les doyens, sous l’impulsion de leur service juridique avaient tiré la sonnette d’alarme en début d’année.

Conscients depuis quelques années de l’imminence d’une catastrophe, les étudiants se sont lancés corps et âme dans une lutte acharnée pour ne pas se retrouver dans cette situation impensable et absurde où des étudiants de 7e année se retrouveraient à pointer au chômage après avoir sacrifié de précieuses et coûteuses années qui plus est couronnées de succès.

Les manifestations furent nombreuses (la dernière en date que nous organisions il y presque 2 ans avait fait descendre plus de 5000 étudiants en médecine dans les rues de la capitale) et après maintes péripéties, elles ont permis de voir se concrétiser un fragile accord entre ministres flamands et wallons. Pour faire simple, le seul deal possible qui permettrait à nos deux régions d’accorder leur violon d’une façon durable consiste en l’instauration d’une sélection en première année de médecine en Fédération Wallonie Bruxelles, les détails étant dévolus au ministre Marcourt qui décidera pour différentes raisons d’instaurer un concours en fin d’année, jugeant qu’il est préférable de sélectionner sur des cours à vocation médicale en laissant à chacun l’opportunité de tenter sa chance et le temps de s’adapter à la vie universitaire.En outre, un examen d’entrée, de par les inégalités dans l’enseignement secondaire, entraine une sélection sociale et n’empêche en rien d’avoir des étudiants surnuméraires qui sont d’ailleurs également une réalité dont la flandre devra s’occuper dans les années à venir.

Aujourd’hui, le constat est alarmant !

Il n’est pas sans savoir qu’un certain nombre d’actions juridiques à l’encontre du processus de sélection a été lancé auprès notamment de la cours constitutionnelle qui si elles aboutissaient pourraient entrainer la suppression du concours et par la même occasion l’annihilation de tout espoir de voir un accord Nord/Sud jetant en pâture pas moins de 5000 étudiants en médecine. Qui plus est, certaines associations étudiants que je qualifierai d’irresponsables soutiennent et orchestrent ces actions juridiques bafouant dès lors l’avis des étudiants (pourtant favorables à une sélection) qu’ils sont pourtant censés représenter et il est navrant de constater que les seuls arguments avancés sont d’avantage politiques que soucieux de la condition des étudiants en médecine et des conséquences qui prennent de nombreuses promotions en otage.

Nous sommes conscients que les étudiants de premier bac n’acceptent pas de payer les pots cassés à cause de politiques qui n’ont su solutionner un dossier entaché de communautarisme.

Mais ne nous trompons pas d’adversaire et restons solidaires.

Plus de sélection en première signifie inéluctablement une sélection en dernière année et s’il ne devait plus y avoir d’accord, 3 promotions soit 2000 étudiants ne pourraient pas exercer la médecine curative, pour les autres c’est environ 1/4 des étudiants de dernière année qui obtiendrait le précieux sésame.

Tâchons ensemble de faire en sorte que les conditions dans lesquelles se déroule cette sélection soient les plus favorables possibles et continuons de nous battre contre la sélection en fin de parcours (numérus clausus).

Souvenons-nous face à l’adversité de notre devise : l’union fait la force plus importante que jamais.

Quentin Lamelyn, étudiant en 5ème année et Président du Comité Inter-Universitaire des étudiants en Médecine (CIUM)