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Pourquoi un examen d’entrée n’a pas été choisi? (Tribune Libre)
03/08/2016 - 01:55

Mardi, les étudiants en médecine ont pu découvrir dans La libre une opinion de Charles Delhez remettant une fois de plus sur la table la question d’un examen d’entrée en médecine. A ce titre, le CIUM (comité inter universitaire des étudiants en médecine) qui lorsque la question de sélection s’est vue inévitable, a réalisé une analyse de la littérature scientifique afin d’évaluer quelle serait la moins mauvaise méthode. Etude que le CIUM avait été invité à présenter au parlement.

La réussite universitaire est multifactorielle

La réussite universitaire est considérée comme une dynamique multifactorielle où les aptitudes innées, l’environnement familial, l’origine socio-culturelle, les ressources financières, le niveau des écoles secondaires, etc sont des facteurs qui influencent la réussite initiale et finale de l’étudiant (Lambert 2001). Excepté pour les 10 premiers de promotion, 1/3 des étudiants peinant à réussir en début de cursus connaitront une amélioration significative entre la première et la dernière année ; 1/3 réussissant bien la première année connaitront une régression jusqu’au bas du classement tandis qu’1/3 conservera une bonne moyenne (Kempenears C, 2002, 2005).

Il est dès lors clair qu’une partie non-négligeable des étudiants a besoin de temps pour s’adapter à la vie universitaire.

En outre, une relation minime existe entre réussite académique et réussite professionnelle (McGaghie, 1990)

Il semblerait également que d’autres facteurs semblent occuper une place prépondérante dans la réussite universitaire en faculté de médecine (motivation intrinsèque, intelligence émotionnelle, créativité, nombre d’heures d’étude,… (Hirsh JB, 2009 ; Steger-Jaber KM, 2012 ; Chew BH, 2013 ; Rosander P, 2014).

Examen d’entrée

Souvenons-nous que les études PISA de l’OCDE ont démontré une importante hétérogénéité de niveau entre les établissements de secondaire en FWB ce qui implique une préparation très différente à un éventuel examen d’entrée et que peu d’étudiants savent à l’âge de 14 ans (choix d’options) quel type d’études ils vont entamer après leur rhétorique.

D’autre-part, un examen d’entrée se baserait principalement sur des sciences fondamentales or la valeur prédictive de réussite des sciences fondamentales à l’examen d’entrée ou en première année n’est pas prédictive de la réussite des matières à vocation médicale et plus largement des compétences cliniques du futur médecin (Donnon T, 2007 ; Veloski JJ, 2000 ; Violato C, 2005), il existerait même une relation inverse d’après un étude publiée dans le célèbre The Lancet par une équipe de l’université de Stanford (Barr DA, 2010).

En revanche, les points récoltés par l’étudiant en stages cliniques seraient corrélés positivement avec ses performances professionnelles futures (Amos DE, 1996).

D’ailleurs, 75% des étudiants ayant les meilleures notes lors des évaluations cliniques ne s’étaient pas distingués dans les cours de sciences fondamentales (Rhode JM, 1974)

Autre élément de taille, la sélection sociale d’un examen d’entrée semble particulièrement concerner les études de médecine et favorise grandement les étudiants venant des meilleures écoles alors qu’in fine ceux-ci ne réussissent pas mieux (Wright SR, 2010).

Une année propédeutique n’impacte pas les résultats sur un examen d’entrée (Groves MA, 2007) en revanche, un test d’entrée indicatif et non-contraignant, si tant est que son contenu soit adapté, pourrait constituer un facteur favorisant la réussite et permettre aux enseignants d’évaluer le niveau des étudiants, leurs points forts et lacunes afin d’améliorer la pédagogie (Boud D, 2009).

Un concours durant le master pour l’accès aux spécialisations existe déjà et n’impacte pas de manière conséquente l’ambiance au sein des promotions.

Conclusion de l’analyse

La sélection en faculté de médecine doit avoir pour but la recherche de l’excellence professionnelle. C’est dans cette optique que des niveaux d’exigences appropriés concernant les sciences fondamentales et une sélection s’opérant d’avantage sur des épreuves corrélées à la réussite professionnelle doivent primer.

D’ailleurs, il serait à l’heure actuelle très péjoratif pour l’avenir de la médecine de réaliser une sélection à l’entrée qui serait une sélection sociale écartant un grand nombre de futurs bons cliniciens.

Avis du CIUM

En tant que syndicat des étudiants en médecine, nous nous plierons quoi qu’il arrive à la volonté des étudiants que nous représentons mais notre devoir premier est d’informer ces étudiants en leur fournissant contrairement aux politiques une base scientifique permettant une réflexion pertinente.

Cependant, depuis que la question d’une sélection s’est posée, le débat a très vite été politisé et la désinformation s’est imposée aux étudiants qui prônaient un impossible examen d’entrée alors que seul un concours permet d’éviter les étudiants excédentaires.

Nous pensons qu’il est pour le moment préférable de conserver un système en fin de première qui soit associé directement à la réussite des crédits plutôt que de dissocier les deux laissant des étudiants dans une situation aberrante où ils se sont acquittés de l’ensemble de leurs crédits mais ne sont pas classés à l’opposé d’étudiants dans la situation inverse, eux, admis en 2e année. Et surtout, le nombre d’étudiants autorisés à passer en 2e année doit se baser sur des chiffres scientifiquement étayés et régulièrement mis-à-jour (le conseil d’état venant de juger ceux de cette année comme non fondés) .

Parallèlement à ça, nous pensons qu’il est grand temps d’abolir la double sélection qui peut à tout moment et au bon vouloir des flamands s’abattre en fin de cursus sur des étudiants ayant réussi toutes leurs années d’études ! C’est pourquoi le CIUM s’est engagé dans des poursuites juridiques contre le Numérus Clausus à contrario d’autres organisations s’obstinant à attaquer un concours qui s’il venait à être supprimé réactiverait la sélection en fin de cursus.

Etudiants en médecine, nous sommes dans la même galère et malgré le poids de ces études, nous nous battrons bec et ongles pour que chacun d’entre vous puisse exercer le plus beau métier du monde et assurer à la Belgique la pérennité de son système de soins de santé qui est l’un des meilleurs au monde.

Quentin Lamelyn