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Numéros INAMI: la réponse des étudiants aux doyens et aux politiques (Lettre ouverte)
02/12/2015 - 02:55

Dans une lettre ouverte envoyée au Soir et à MediPlanet , le Comité Inter-Universitaire des étudiants en Médecine (CIUM) répond aux doyens des facultés de médecine qui, dans une autre lettre ouverte, avaient menacé les politiques et les étudiants de ne pas distribuer de numéros INAMI. A travers cette lettre ouverte, le  CIUM, qui se présente aussi comme le syndicat des étudiants de médecine, tient à réclamer la tenue d’une concertation urgente impliquant l’ensemble des parties ayant un pouvoir décisionnel et surtout les principaux concernés que sont les étudiants en dernière année de médecine et leur représentant. De plus, le CIUM dénonce, « avec force et détermination », son opposition ferme à toute nouvelle manœuvre de manipulation et d’instrumentalisation de la part des doyens ou des dirigeants politiques.

La lettre ouverte

A l’attention du Président du collège des Doyens, du Ministre de  l’enseignement supérieur et de la Ministre de la santé

 Plusieurs années de débats entre étudiants et politiques ont abouti à un accord entre la Ministre de la Santé, Maggie De Block, et le Ministre de l’Enseignement Supérieur, Jean- Claude Marcourt. Cet accord, qui concerne la garantie d’obtention d’un numéro INAMI à tous les étudiants actuellement en cours de cursus, n’a pas encore été signé dans sa totalité puisque la durée du lissage négatif doit être encore négociée. De ce fait, les doyens ont refusé, par le biais d’une lettre ouverte, de distribuer les numéros restants aux étudiants de dernière année. La réaction de la Ministre De Block ne s’est pas fait attendre : celle-ci rappelait qu’il y a suffisamment de numéros INAMI disponibles pour les étudiants en dernière année de médecine. En outre, en cas de maintien du numerus fixus au terme de la première année, tous les étudiants en cours de cursus bénéficieront d’un numéro INAMI comme négocié et convenu il y a un an par leurs représentants étudiants.

La Ministre a également rappelé qu’à l’aube du mois d’octobre 2016, le lissage négatif serait mis en place, scellant alors définitivement le pacte nord-sud. Ladite lettre des doyens plonge, une fois de plus, les étudiants dans une situation périlleuse à l’approche d’échéances cruciales pour l’avenir de leur carrière (examens finaux de décembre, accès aux spécialités). Il semblerait que le collège des Doyens tente d’instrumentaliser les étudiants pour faire pression sur le politique dans le cadre de certaines revendications qui leurs sont propres. Il convient de rappeler plusieurs éléments à l’heure d’aujourd’hui :

Premièrement, aucune concertation élargie n’existe entre les représentants des étudiants en médecine, le collège des Doyens et les politiques fédérales et fédérées. Une telle concertation permanente permettrait le désamorçage du jeu constant d’instrumentalisation politique auquel s’adonnent les Ministres et les Doyens dans leurs négociations. A coup de slogans populistes, certains affirment défendre des positions politiques acceptables pour l’ensemble du pays, tandis que d’autres s’emploient à négocier des revendications qui leurs permettront de mieux « manager » leurs facultés mais aucun ne semble se préoccuper des inquiétudes des étudiants quant à leur avenir.

Deuxièmement, concernant les numéros INAMI, à l’heure d’aujourd’hui, il y en a bel et bien pour tous les étudiants en cours de cursus et ce, contrairement à ce que certains ont pu laisser croire récemment. En effet, selon divers rapports2,3 et estimations du nombre d’étudiants en cursus 3,4 , il y aurait environ 1469 surnuméraires en 2018, et 2185 surnuméraires cumulés pour 2020. Entre temps, nous sommes certains que 492 INAMI supplémentaires (+30% de marge pour les  abandons, etc.) sont disponibles en 2015 et que, d’ici 2020, 5 nouveaux arrivages (nouvelles mises à disposition) d’INAMI rempliront le « stock » disponible pour les doyens (2016 à 2020). Partant du chiffre de 2185 surnuméraires et du fait que, chaque année, on peut espérer (vu les tendances actuelles et celles décrites dans le cadastre) obtenir 492 INAMI supplémentaires, nous dégagerions environ 2460 INAMI (+ marge d’erreur de 30% liée aux abandons, etc.) pour combler un déficit de 2185 surnuméraires. Sachant que ces chiffres sont vraisemblablement sous-estimés, la conclusion qui s’offre à nous nous laisse croire que si le numerus fixus au terme de la première est efficient, il y a bel et bien un numéro INAMI garanti pour tous les étudiants en cours de cursus. Par contre, la durée du lissage négatif correspondant au nombre d’années où nous devrons former moins de médecins par rapport aux INAMI disponibles en vue de rattraper « l’avance perçue » pour les surnuméraires, n’est pas encore fixée.

Troisièmement, concernant l’A.R. du 12 juin 2008, il est évident qu’une modification est nécessaire afin de permettre l’utilisation des INAMI « en stock » pour l’ensemble des étudiants des promotions diplômées de 2016 à 2020. Il est également clair qu’en l’attente d’une décision politique sur la question, un nombre suffisant d’INAMI est immédiatement mobilisable pour les étudiants qui seront diplômés cette année.

Quatrièmement, le droit européen pousse à son paroxisme la discrimination entre les résidents belges et les résidents européens quant à l’accès aux spécialités médicales et aux numéros INAMI qui les sous-tendent. La Belgique, pays de l’absurde, est un pays d’Europe tellement embourbé dans ses problèmes communautaires, qu’il en oublie parfois la défense de son propre peuple.

Au vu de ces différentes occurrences scientifiques et rigoureuses contrastant avec la lettre des doyens, nous pensons qu’une nouvelle fois, ces derniers se servent de cohortes d’étudiants comme d’un moyen de pression politique et il est inacceptable que des jeunes préparant leur avenir se retrouvent pris à parti dans des conflits d’intérêts qui ne sont pas forcément les leurs. A travers cette lettre ouverte du CIUM à destination des principaux dirigeants des facultés et politiques, nous tenons à réclamer la tenue d’une concertation urgente impliquant l’ensemble des parties ayant un pouvoir décisionnel et surtout les principaux concernés que sont les étudiants en dernière année de médecine et leur syndicat étudiant. De plus, nous tenons à dénoncer, avec force et détermination, notre opposition ferme à toute nouvelle manœuvre de manipulation et d’instrumentalisation de la part de nos doyens ou dirigeants politiques. A travers ces querelles politiques, ce n’est pas seulement l’avenir de plusieurs centaines d’étudiants que vous prenez en otage, mais bien l’avenir de notre système de soins de santé, un système au service du citoyen.

Emeline LEZIER, Présidente du CIUM, Quentin LAMELYN, Mejdedinne ALBARAJRAJI, Sarah CUGNATA, Elyas KHARRAT, Giovanni BRIGANTI, Margot DULIEU, Sohayla EL HADJI, Antoine D’AMBROS, Hadrien TASSET et Margaux GERBAUX, délégué d’année de Master 4 et membre du Conseil d’administration du CIUM (syndicat des étudiants en médecine).

 

 

1 : A.R. relatif à la planification de l'offre médicale 18.06.2008 ;  MAJ 11.06.2010 & 01.09.2012 : Rapport annuel de la commission de planification de 2013. 3 : Lettre et rapport du Cabinet de la Ministre Maggie De Block du 10/12/2014. 4 : Estimations de 1.700 diplômés sur ces deux années pour 984 INAMI (sans prise en considération des 30% de marge) ce qui aggrave le nombre de surnuméraires