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Grande enquête nationale médecine générale:
le généraliste parle

Détail des résultats par thème

Partie 1 : choix de la profession

Pourquoi avez-vous choisi de devenir médecin ?

Parce que papa ne l'était pas” a répondu un généraliste wallon quand nous lui avons demandé pourquoi il avait choisi cette profession. Pas mal de malentendus semblent encore exister à propos des généralistes. Et c’est le cas dans les pouvoirs publics, dans les mutualités, chez les patients et même chez les généralistes. Dans la plupart des cas cela tient au fait que les uns comme les autres prennent leurs désirs pour des réalités. Le généraliste est dépeint comme un idéaliste, quelqu’un qui est disponible pour ses patients vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais lorsque nous avons posé la question de savoir pourquoi ils avaient étudié la médecine, moins d’un tiers des généralistes belges ont répondu qu’ils avaient opté pour cette profession par engagement social, et dans ce cas précis, il convient de souligner qu’il n’y a pas de différence entre les néerlandophones et les francophones. Le prestige de la profession ne joue qu’un rôle mineur.

Ce qui est sans doute le plus remarquable est que les revenus n’ont joué un rôle que pour 4 % des médecins généralistes interrogés, tandis qu’un pourcentage équivalent n’était pas en mesure de fournir une autre explication. 

Et enfin, 4 % des médecins interrogées ont choisi la médecine parce qu’ils n’imaginaient pas un seul instant pouvoir faire autre chose.   
« J’étais fasciné par les sciences et je voulais rencontrer les gens,» est la réponse la plus fréquente. Seul un médecin flamand invoque la pléthore de candidats "
« Une démotivation généralisée à la suite de la pléthore de candidats au moment où j’ai terminé mes études.»  Un seul francophone a parlé de vocation: “Une véritable vocation des l'enfance.”  L’autorité parentale est manifestement la plus forte en Wallonie, puisque trois médecins ont répondu qu’ils avaient fait leurs études: “Par le désir de mes parents. Le choix du père (et oui en 70, ça existait encore).

Pas ou peu de regrets

Nous avons demandé aux médecins s’ils regrettaient leur choix. 79 % des médecins néerlandophones et francophones ont unanimement déclaré qu’ils n’avaient pas regretté leur choix un seul instant. Seuls 8 % seulement des flamands et 7 % des francophones ont reconnu avoir des regrets.

La différence entre hommes et femmes est cependant ici assez importante puisque 5 % des femmes disent regretter l’option choisie contre 9 % d’hommes. C’est en Flandre que notre enquête a trouvé le plus grand nombre de médecins ayant regretté leur choix: 11 %. Nous avons relevé le même pourcentage dans la province wallonne du Luxembourg.

Lorsque nous avons demandé aux médecins de nous dire ouvertement pourquoi ils avaient des regrets, une majorité écrasante d’entre eux nous a répondu qu’ils ne s’étaient pas du tout attendu à la surcharge administrative, au manque de considération ainsi qu’ niveau trop peu élevé des revenus.
« Une charge de travail pesante, peu de satisfaction, beaucoup de temps passé à attendre, des revenus plutôt frugaux, les DROITS des patients opposés aux DEVOIRS des médecins,» c’est ainsi qu’un médecin flamand décrit sa frustration. Ces griefs se retrouvent aussi dans d’autres réponses et cela situe donc la teneur de cette enquête. «Ni la société, ni le gouvernement, ni les organisations de santé publique, en résumé tant les structures que la population n’ont plus aucun respect pour le généraliste. »
« Un travail d’esclave sans avantages, devoir travailler jusqu’à en tomber et même pas de pension, de surcroît. “Paperasserie, tracasseries administratives, manque d'éducation des gens,” nous a déclaré un généraliste wallon. «Contraintes trop importantes tant au point de vue disponibilités horaires, familiales que contraintes INAMI. Il faut prescrire ceci et non cela, gardes de plus en plus difficiles à effectuer en vieillissant et plus de violence. »
« Une vie de con, » c’est ainsi qu’un généraliste francophone nous décrit sa vie.
La médecine est devenue néo-communiste,” conclut un autre.

Conseilleriez-vous ce choix à un jeune?

Mais ne pas avoir de regrets ne signifie pas encore que l’on conseillerait ce choix d’études à un étudiant débutant. Les médecins répondent de manière bien plus critique à cette question. 

Nous avons ainsi pu constater que le nombre de mécontents est ici plus important que celui constaté à travers les réponses précédentes car 16 % des généralistes flamands, pour 26 % de francophones, ont exprimé un avis négatif. 
Seulement 57 % des généralistes flamands et 36 % des francophones conseilleraient la profession.

Conseilleriez-vous à un jeune qui commence l’université de choisir la médecine ?

Cela témoigne d’une disposition négative sous-jacente importante vis-à-vis de leur propre profession. Cette tendance est encore plus marquée chez les hommes que chez les femmes: 22% de réponses négatives chez les premiers, contre 18 % pour les secondes. 52 % des femmes demeurent positives contre 46 % des hommes. Sur le plan régional, le nombre de médecins les plus négatifs se retrouvent en Belgique francophone, avec l’un dans l’autre 29 % d’avis négatifs, avec un pic de 37 % au Luxembourg. Les médecins les plus positifs habitent au Limbourg où 8 % seulement d’entre eux ont exprimé un avis négatif.
 

Si vous pouviez, aujourd’hui, refaire le choix de votre spécialisation, que choisiriez-vous ?

Le généraliste aurait-il plutôt opté pour l’une ou l’autre spécialité? Ici encore la réponse a de quoi surprendre: près de 65 % d’entre eux ne renient pas leur choix initial, tandis que 25 % seulement auraient préféré être spécialistes. Les généralistes les plus satisfaits se retrouvent ici encore au Limbourg: 83 %. Mais 32 % des généralistes francophones bruxellois et liégeois auraient préféré suivre une spécialisation.

S’ils avaient dû opter pour une autre profession, les généralistes auraient choisi d’être ingénieurs, de pratiquer la médecine alternative ou de suivre une carrière scientifique. Un médecin aurait préféré devenir banquier.

“La profession est intéressante en soi,” nous a expliqué un généraliste flamand, “mais le nombre d’heures, ces mauvaises heures qui sont difficilement conciliables avec une vie de famille. Mais moins d’heures prestées, cela équivaut à moins de revenus et nous ne sommes certes pas surpayés. Et c’est sans parler des exigences des patients, qu’ils expriment parfois avec bien peu de respect.”
“Le travail de médecin généraliste est très intéressant, mais les conditions de travail nuisent fortement à l'épanouissement. Le travail en milieu hospitalier est plus cadré et probablement plus facile à coordonner avec une vie familiale.” Et un médecin wallon nous parle ensuite de: “la mort programmée de la MG par l'état et les spécialistes.” “La médecine générale solo est malheureusement condamnée à disparaitre au profit de structures hospitalocentristes.”

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Source MediPlanet enquête 05/2009 Reproduction moyennant autorisation

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